boucher

nature
ver
diction
[buʃe] · 2 syllabes
attesté
1601 (datation incertaine)
usage
15 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 5

  1. Fermer une ouverture ou ce qui présente une ouverture.
    • […] ; mais enfin, fatigué de cette chaumière qui lui bouchait la vue et lui ôtait tout l'agrément de son avenue, il imagina un tour de passe-passe. Saint-Simon, « La maison qui marche » , §. 214 de Chrestomathie française, part. 2, publiée par François Degive, Mons : chez Hector Manceaux, 5ᵉ éd. 1882, p. 316
  2. figuré Payer quelque dette, compenser ou dédommager de quelque perte.
    • Le déficit de 13 % provenant des emblavures pouvait alors dépasser 20 %. Et dans ce cas l’excédent actuel des ressources visibles était nécessaire pour boucher le déficit de la récolte prochaine. Cet espoir, malheureusement, ne s'est pas réalisé. « Sucres », le 14 aout 1895, dans L'Économiste français, 23ᵉ année, 2ᵉ vol., n° 33 du samedi 17 aout 1895, p. 221
  3. Se fermer.
    • « Dites donc, Bernis, le temps se bouche ! » Le mécano lève les yeux et voit l’horizon déjà flou. Deux ou trois arbres s’y profilent mais la brume déjà les cimentent. Antoine de Saint-Exupéry, L’Aviateur, in Le Navire d’Argent, 2ᵉ année, nᵒ 11, 1ᵉʳ avril 1926
  4. Faire son lit ; ajuster les draps et les couvertures.
    • Chaque fait de la vie quotidienne recelait des pièges linguistiques, comme par exemple « boucher son lit » le matin au lieu de « faire son lit ». Lionel Labosse, M&mnoux, Publibook, 2018, page 445
1 emploi spécialisé
  1. Aérotechnique et maintenance Fermer au moyen de quelque chose que l'on enfonce, que l'on place en travers, etc.

Nom 2

  1. figuré Homme cruel et sanguinaire.
    • C’est un boucher, un vrai boucher.
1 emploi spécialisé
  1. Boucherie Artisan qui rend la viande (bœuf, mouton, etc.) propre à la consommation ou qui la commercialise.
    • Le vétérinaire surveille aussi minutieusement l’application du dahir du 4 août 1914 interdisant l’abatage pour le boucher des femelles de l'espèce bovine avant l’âge de huit ans et de celles des espèces ovine et caprine avant cinq ans. Maurice de Périgny, Au Maroc : Fès, la capitale du Nord, Paris : chez Pierre Roger & Cⁱᵉ, 1917, page 26

Adjectif 1

  1. Relatif à la boucherie.
    • Il s’approcha d’elle, […], lui tâta le derrière, pour se rendre compte, sans doute, de ses qualités bouchères, s’amusa à regarder si les cornes étaient bien pointues du bout. Octave Mirbeau, Rabalan

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je bouche
  2. tu bouches
  3. il bouche
  4. nous bouchons
  5. vous bouchez
  6. ils bouchent

Imparfait

  1. je bouchais
  2. tu bouchais
  3. il bouchait
  4. nous bouchions
  5. vous bouchiez
  6. ils bouchaient

Passé simple

  1. je bouchai
  2. tu bouchas
  3. il boucha
  4. nous bouchâmes
  5. vous bouchâtes
  6. ils bouchèrent

Futur simple

  1. je boucherai
  2. tu boucheras
  3. il bouchera
  4. nous boucherons
  5. vous boucherez
  6. ils boucheront

Passé composé

  1. j'ai bouché
  2. tu as bouché
  3. il a bouché
  4. nous avons bouché
  5. vous avez bouché
  6. ils ont bouché

Plus-que-parfait

  1. j'avais bouché
  2. tu avais bouché
  3. il avait bouché
  4. nous avions bouché
  5. vous aviez bouché
  6. ils avaient bouché

Passé antérieur

  1. j'eus bouché
  2. tu eus bouché
  3. il eut bouché
  4. nous eûmes bouché
  5. vous eûtes bouché
  6. ils eurent bouché

Futur antérieur

  1. j'aurai bouché
  2. tu auras bouché
  3. il aura bouché
  4. nous aurons bouché
  5. vous aurez bouché
  6. ils auront bouché

Subjonctif

Présent

  1. je bouche
  2. tu bouches
  3. il bouche
  4. nous bouchions
  5. vous bouchiez
  6. ils bouchent

Imparfait

  1. je bouchasse
  2. tu bouchasses
  3. il bouchât
  4. nous bouchassions
  5. vous bouchassiez
  6. ils bouchassent

Passé

  1. j'aie bouché
  2. tu aies bouché
  3. il ait bouché
  4. nous ayons bouché
  5. vous ayez bouché
  6. ils aient bouché

Plus-que-parfait

  1. j'eusse bouché
  2. tu eusses bouché
  3. il eût bouché
  4. nous eussions bouché
  5. vous eussiez bouché
  6. ils eussent bouché

Conditionnel

Présent

  1. je boucherais
  2. tu boucherais
  3. il boucherait
  4. nous boucherions
  5. vous boucheriez
  6. ils boucheraient

Passé

  1. j'aurais bouché
  2. tu aurais bouché
  3. il aurait bouché
  4. nous aurions bouché
  5. vous auriez bouché
  6. ils auraient bouché

Impératif

Présent

  1. bouche
  2. bouchons
  3. bouchez

Passé

  1. aie bouché
  2. ayons bouché
  3. ayez bouché

Formes impersonnelles

Infinitif présent
boucher
Participe présent
bouchant
Participe passé
bouché

Citation

La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier
François de Malherbe, VI, 18

Origine du mot

De l’ancien français bousche (« gerbe, poignée de paille, fagot »), attesté lui-même en 1461 au sens de « botte de chanvre » et au quatorzième siècle par son dérivé bouchon ; bousche est issu du latin vulgaire *bosca « broussailles, faisceau de branchages », → voir bois et bosquet.

Dans le dictionnaire latin : bosca

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

BOUCHER1 v. a. (bou-ché)

1 Fermer une ouverture, un passage. Des chariots bouchaient le passage. Le conduit était bouché par une pierre. On boucha les fenêtres. Boucher les jours, les vues d'une maison, en murer les fenêtres. encore relevé aujourd’hui

Boucher la vue, l'intercepter, l'empêcher. Ces arbres nous bouchent la vue.

2 Fermer avec un bouchon, avec un tampon. Boucher une fente. En bouchant le trou avec le pouce. Le procédé pour boucher les bouteilles de vin de Champagne. Le Nil bouche avec son limon les interstices de la terre. encore relevé aujourd’hui

Se boucher le nez, se garantir contre une odeur forte ou délétère.

Se boucher les yeux, les oreilles, ne vouloir point voir, entendre.

  • Et se bouchant l'oreille au récit de ses vers — RÉGNIER, Sat. II
  • La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles Et nous laisse crier — MALH., VI, 18
2 autres citations
  • Je fermerai les yeux, je boucherai mes oreilles — DESC., Médit. 3
  • L'opéra toujours Fait bruit et merveilles ; On y voit les sourds Boucher leurs oreilles — BÉRANG., Musique.

Fig. et familièrement. Boucher un trou, payer une dette.

3Terme de doreur. Boucher d'or moulu, réparer les ouvrages d'or qui ont quelque petit défaut après avoir été brunis.

4 Se boucher, v. réfl. Se fermer. La voie par où les eaux s'écoulaient s'est tout à fait bouchée. encore relevé aujourd’hui

Historique

XIIIe s.

  • Et puis reclost l'en la porte et la boucha l'en bien, aussi comme l'en naye [noie, jette à l'eau] un tonnel — JOINV., 210
  • Assez près de Damiete trouvames un flum qui issoit de la grant riviere ; et fut acordé que l'ost sejourna un jour pour boucher ledit braz — ID., 219
1 autre citation
  • Dont je vis un Coremyn [Chorasmien] qui fu des gens l'empereour de Perse, qui nous gardoit en la prison, que, quant il ouvroit son sac, nous nous bouchions, que nous ne povions durer pour la puneisie [puanteur] qui issoit du sac — ID., 265

XIVe s.

  • Il saigna tant de sanc, bouchier ne pout sa plaie — Girart de Ross. 4661

XVe s.

  • Sa cheminée il [l'avare] boschoit, Craignant perdre la fumée — BASSELIN, XLIV
  • Avoit la premiere les oreilles bouciées tant estroitement que à nulle rien fors qu'à propre affection ne voloit doner ascout — G. CHASTEL., Expos. s. verité mal prise.
1 autre citation
  • Icelle femme dist que son mari estoit en ung lieu appelé les Arceiz, où il bouchoit son blé [mettait en gerbe] — DU CANGE, bouchellus.

XVIe s.

  • Alors le grand pontife tire la patiente toute bouchée [voilée] hors de la littiere — AMYOT, Numa, 18
  • Il n'y a d'autre difference entre cecy et cela, sinon que le corps qui fait ces tenebres est plus grand que mon manteau qui te bouche les yeux — ID., Péric. 67
1 autre citation
  • Un caveau, lequel n'a porte ny demie, sinon une grosse pierre dont on bousche l'entrée — ID., Philop. 33
Étymologie

Ménage tire ce mot de βύζειν, boucher, mais on n'a aucun intermédiaire qui justifie l'introduction directe de ce mot grec dans le langage vulgaire. Diez, se reportant à bouchon, dit que ce mot est l'équivalent du provençal bocon, et de l'italien boccone, qui signifient bouchée (ancien français boucon) ; de là boucher, avec le sens de ce qui remplit la bouche, et, en particulier, la bouche de la bouteille. C'est avec raison que Diez rapproche boucher de bouchon ; mais est-ce bien à bocon, boccone qu'il faut rapporter bouchon ? L'orthographe boscher, boucier, bouscher n'y conduit guère ; le sens de mettre en botte que boucher a dans un de nos exemples n'y conduit pas non plus. Boucher ne peut venir de bouchon : l'un et l'autre supposent un substantif bouche, masculin ou féminin, qui voudra dire ce qui obture et ce qui fait gerbe ou botte ; substantif qui existe réellement, comme on le voit dans cet exemple du XVe siècle : Or un pareil substantif ne peut pas être rapporté à bouche, ouverture placée au visage ; mais il appartiendra sans peine (car il est le primitif de bouchon de cabaret, voy. BOUCHON 2) à un radical qui se trouve dans bois, dans bosquet, dans bouquet, dans bûche, et qui, signifiant bois ou morceau de bois, aura facilement le double sens de tampon ou de bouchon, sorte de faisceau. En définitive, l'étymologie reste indécise entre deux conjectures : 1° bouche, ouverture dans la face ; bouchée, ce qui emplit la bouche ; d'où boucher, obturer ; à quoi on objectera que, historiquement, ni bouchée n'a jamais eu le sens de ce qui obture, ni boucher celui de mettre en bouche (ce qui, si on l'avait trouvé, aiderait grandement cette étymologie), ni le provençal bocon et l'italien boccone celui de bouchon (ce qui aiderait l'assimilation, en montrant que bocon et boccone sont les mêmes que le français bouchon) ; 2° bouche, faisceau de paille, de javelle, de branchage, d'où bouchon de cabaret, ce qui s'applique sans difficulté à tout ce qui bouche, obture.

  • Confessent iceulx habitans dovoir au dit prieur, pour cause du disme de toutes leurs chanves qui est de dix bouches [gerbes], ung bouchot, — DU CANGE, boteronus.

BOUCHER2 s. m. (bou-ché ; l'r ne se lie jamais ; au pluriel l's se lie : des bouchers enrichis, dites : des bou-ché-z enrichis)

Celui qui tue les bestiaux, les débite, et en vend la chair crue. encore relevé aujourd’hui

Garçon boucher, celui qui aide le boucher dans son travail.

Fig. C'est un boucher, se dit d'un homme cruel, ou d'un chirurgien inhabile et maladroit, et encore d'un général prodigue de sang.

C'est un rire de boucher, il ne passe pas le nœud de la gorge, se dit de quelqu'un qui témoigne à l'extérieur qu'il est content, quoiqu'en effet il ne le soit pas trop. Locution qui vient de ce que les bouchers tiennent leurs couteaux à leur bouche, ce qui leur fait montrer les dents et faire une contorsion de lèvres imitant le ris.

Historique

XIIIe s.

  • Et un cotel qui souef tranche Con ce fust cotel à bochier — Ren. 15977
  • Li bochier d'Orliens prennent sor chascune beste six deniers, et metent en une boete, à defendre cels de lor borc contre autres genz — Liv. de just. 7
2 autres citations
  • Parce que noz veismes qu'il estoit tués d'un seul coup de mail ou de machue, noz preismes un boucier, li quix avoit soupé la nuit devant aveques li — BEAUMANOIR, XL, 20
  • Quant les bouchiers et les autres homes de l'ost et les femmes qui vendoient les danrées oïrent ce, il leverent le cri en l'ost — JOINV., 233

XIVe s.

  • Olivier de Clisson par la bataille va ; Il tenoit un martel qu'à ses deux mains porta ; Tout ainsi qu'un bouchier, abati et versa — Guesclin. 6135
  • Que les peres l'avoient creé non pas consul pour gouverner, mes bouchier pour tourmenter et murdrir le peuple — BERCHEURE, f° 48, recto.

XVe s.

  • Et l'appelloit on le boucher, pource que, à besongnes où il estoit contre les Anglois, il en prenoit peu à rançon — JUVÉNAL, Charles VI, 1407
  • Chier filz, c'est pour vous reprouchier Que n'avez pas cuer de bouchier — Mir. de Ste Geneviève
Étymologie

Provenç. bochier ; catal. botxi ; ital. beccaio, beccaro. Une analogie apparente semble d'abord indiquer bouche comme primitif de boucher ; mais l'italien beccaio s'y oppose. Remarquant que becco en italien signifie bouc, et que la forme française et la forme provençale peuvent être sans peine rattachées à bouc, on acceptera cette étymologie qui, indiquée avant Raynouard, a été établie par lui. Le boucher est proprement le tueur de boucs (la partie pour le tout). Ainsi, pour le mot boucherie, à côté de bocaria, le provençal avait brecaria, qui, venant de berbix, signifie proprement la tuerie de brebis (encore la partie pour le tout). Bien qu'il semble très étrange que le boucher ait été nommé d'après le bouc ou le chevreau, cependant, étymologiquement, il n'y a aucun moyen d'écarter l'italien beccaio, ni de rapporter le provençal bochier et le français boucher à bouche.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « boucher » du Wiktionnaire.

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