coutume
- nature
- nom féminin
- diction
- [kutym] · 2 syllabes
- usage
- 24 par million de mots
Sens et définitions
Nom 5
-
Usage établi ; habitude contractée.
- […] et je sentis l’envie de faire une sieste de quinze ou vingt minutes, comme c’est ma coutume après le dîner. Edgar Poe, L’Ange du bizarre, dans Histoires grotesques et sérieuses, traduction de Charles Baudelaire
-
Pratique collective.
- L’enterrement de mon père fut suivi de tout le village suivant la coutume et il y vint des gens des environs, à des lieues à la ronde. Jean Rogissart, Hurtebise aux griottes, L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1954, p. 30
-
Codification du droit créé par l’usage dans certains pays.
- En 1555, Anne de Pisseleu, duchesse d'Étampes, comparut à la rédaction de la coutume de Sens pour sa châtellenie de Bransles. E. H. Félix Pascal, Histoire topographique, politique, physique et statistique du département de Seine-et-Marne, Crété à Corbeil & Thomas à Melun, 1836, t.2, page 532
2 emplois spécialisés
-
Droit
Ensemble de droits locaux qui, s’étant établis par l’usage et par la commune pratique, tiennent lieu et ont force de loi.
- C'est du droit qui s’est constitué par l’habitude […] La coutume ne vient pas de la volonté de l’État Carbonnier
- Généralités Façon d'agir établie par l'usage.
Citation
La coutume ne doit être suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle soit raisonnable
Proverbes et citations
- Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. René Descartes
- Le droit de l’esclavage vient du mépris qu’une nation conçoit pour une autre, fondé sur la différence des coutumes. Montesquieu
Origine du mot
custume (« manière d'agir habituelle ») ; (1467) de coustume (« habituellement ») ; également costume en ancien français et doublet lexical de ce mot masculin ; il provient du latin consuetudo via son accusatif consuĕtūdinem, (« habitude »), altéré en *cosetūdĭne en latin populaire, pour la finale en -ume → voir amertume.
Dans le dictionnaire latin : consuetudo
1873 — le Littré
COUTUME s. f. (kou-tu-m')
1 Manière à laquelle la plupart se conforment. Cela est passé en coutume. encore relevé aujourd’hui
- Cette vieille coutume en ces lieux établie — CORN., Cid, IV, 5
- La coutume ne doit être suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle soit raisonnable — PASC., Vrai bien, 9
6 autres citations
- Aigris par la nécessité, emportés par les coutumes — MASS., Car. Prière, I
- Les coutumes d'un peuple esclave sont une partie de sa servitude ; celles d'un peuple libre sont une partie de sa liberté — MONTESQ., Esp. XIX, 27
- Si ce n'est pas la religion, ce sont les coutumes qu'on y vénère au lieu des lois — ID., ib. II, 4
- La coutume, la loi plia mes premiers ans à la religion des heureux Musulmans — VOLT., Zaïre, I, 1
- Ces raisons ne furent jamais senties dans une cour où la coutume était la loi suprême — RAYNAL, Hist. phil. VIII, 29
- La coutume a sur les hommes une force qui n'a nullement besoin d'être appuyée de la raison — FONTEN., Oracles, I, 7
2Terme de jurisprudence féodale. Législation introduite par l'usage seul en certaines provinces, par opposition à droit écrit. La coutume de Normandie, de Bretagne.
- Le roi Pepin ordonna que partout où il n'y aurait point de loi, on suivrait la coutume, mais que la coutume ne serait pas préférée à la loi — MONTESQ., Esp. XXVIII, 13
- Bientôt les coutumes détruisirent les lois — ID., ib. 12
Recueil de droit coutumier particulier à un pays.
- La coutume porte que.... Sans cesse feuilletant les lois et la coutume — BOILEAU, Lutr. V
- Cet avocat qui vient enseigner la coutume de Paris à St-Pétersbourg — VOLT., Lett. à Cath. 143
1 autre citation
- Faire une coutume générale de toutes les coutumes particulières serait une chose inconsidérée, même dans ce temps-ci où les princes ne trouvent partout que de l'obéissance — MONTESQ., Esp. XXVIII, 37
Il s'est dit de certains péages et impôts. Payer la coutume.
Terme de pêche. Poissons de coutume, redevance qu'on donne avant la vente au propriétaire du bateau ou au maître pêcheur.
3 Manière ordinaire d'agir, de se comporter, de parler, etc. encore relevé aujourd’hui
- Si c'est par instinct de nature Ou par coutume de m'aimer — CORN., Héracl. V, 1
- Sa coutume l'emporte et non pas la raison — ID., Cinna, II, 1
5 autres citations
- Contre sa coutume il ne peut me déplaire — ID., Hor. I, 3
- Je n'en ferai pas ma coutume — SÉV., 24
- Vous savez sa coutume, et sous quelles tendresses Sa haine sait cacher ses trompeuses adresses — RAC., Mithr. I, 5
- Le sénat aima mieux armer, contre sa coutume, 8000 esclaves que.... — BOSSUET, Hist. III, 6
- Et tout ce qu'en semblable cas On est en coutume de dire — LA FONT., Fiancée.
Avoir la coutume, faire comme chose déterminée par une coutume.
- Les Anglais ont la coutume de finir presque tous les actes par une comparaison — VOLT., Lett. à M. Maffei en tête de Mérope.
Avoir coutume, faire d'ordinaire.
- Les gens qui ont coutume d'exagérer perdent bientôt toute créance — L'ABBÉ RÉGNIER, dans BOUHOURS, Nouv. rem.
- Une dame de la première qualité se défit de tous les vains ornements dont elle avait coutume de se parer — BOUHOURS, Nouv. rem.
De coutume, loc. adv. À l'ordinaire. Il en use comme de coutume. Il se porte mieux que de coutume.
- Et qu'étant loin de moi, quelque ombre d'amertume Vous fit trouver les jours plus longs que de coutume — RAC., Théb. II, 1
Avoir de coutume, locution vieillie pour avoir coutume.
- Pour vous ôter l'envie de nous faire courir toutes les nuits comme vous aviez de coutume — MOL., Scapin, II, 5
- Plus librement que je n'ai de coutume — DESC., Ép.
4Fig. En parlant des choses. Ce pommier a coutume de donner du fruit. Cette cheminée a coutume de fumer.
Proverbes
C'est la coutume de Lorris, les battus payent l'amende, se dit quand un homme qui a sujet de se plaindre est encore condamné.
Une fois n'est pas coutume.
Synonyme
1° COUTUME, HABITUDE. Coutume est objectif, c'est-à-dire indique une manière d'être générale à laquelle nous nous conformons. Au contraire, habitude est subjectif, c'est-à-dire indique une manière d'être qui nous est personnelle et qui détermine nos actions. L'habitude devient un besoin ; mais la coutume ne le devient jamais. Cependant on dira également : j'ai la coutume ou j'ai l'habitude de prendre du café, avec cette nuance cependant que avoir la coutume exprime seulement le fait que je prends ordinairement du café, tandis que avoir l'habitude exprime qu'un certain besoin s'y joint.
2° J'AI COUTUME, J'AI LA COUTUME. J'ai coutume de fumer, veut dire je fume d'ordinaire ; j'ai la coutume de fumer, veut dire que cela est entré dans mes coutumes. C'est cette nuance délicate il est vrai mais réelle qui fait que avoir coutume peut se dire des choses, tandis que avoir la coutume ne peut pas s'en dire. La rivière a coutume de déborder à cette époque de l'année ; mais elle n'en a pas la coutume.
Historique
XIe s.
- Ço'st la custume en.... — Lois de Guill. 4
- Sa coustume est qu'il parole à leisir — Ch. de Rol. X
XIIe s.
- Il vous a de chevage la costume requise — Sax. XXIII
- Custume n'est pas dreiz, bien le poez veeir ; Kar chascuns riches hum, qui ne volt nul cremeir [craindre], Alieve sur sa gent custume à sun voleir — Th. le mart. 92
XIIIe s.
- [Il y] Avoit une coustume ens au Tyois païs — Berte, V
- Mainte male coustume [impôt] i ot ele establie — ib. LX
6 autres citations
- Dessur les marcheans [elle] fist coustume [impôt] asseïr — ib. LXIII
- Chascun jour [il] l'avoit [cela] à coustume — Lai d'Ignaur
- Ceste floiche ot fiere coustume, Douçor i ot et amertume — la Rose, 1883
- Nous disons qu'il soit mis en trois pures defautes, toz sans les jors qu'il puet contremander et essonier par coustume — BEAUMANOIR, 48
- La difference qui est entre coustume et uzage, si est que toutes coustumes font à tenir — ID., XXIV, 3
- Loys rois dit que costume doit valoir loi ; quant aucune doutance est de la loi, ele doit avoir l'autorité des choses qui toz jors sunt jugies — Liv. de just. 7
XIVe s.
- Des choses justes, aucunes en y a qui semblent estre justes seulement par loy ou par coustumes et non pas par nature — ORESME, Eth. 111
- Ainsi comme au pays est de coustume — DU CANGE, avantagium.
2 autres citations
- Oÿe la complainte qui nous a esté faite par la coustume [corps de métier] des tisserans — DU CANGE, consuetudo.
- Cognoistre et determiner sommierement selon la coustume de la mer — ID., ib.
XVe s.
- Un usage est en Angleterre, et aussi est-il en plusieurs pays, que les nobles ont grands franchises sur leur hommes et les tiennent en servage ; c'est à dire que ils doivent de droit et par coustume labourer — FROISS., II, II, 106
- Ils avoient et ont de coustume encores d'aller.... — COMM., II, 3
1 autre citation
- Coustume rend maistre et devient nature — Roman du Jouvencel, f° 80, dans LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 488
XVIe s.
- La force de la coustume [habitude] — MONT., I, 105
- Ce que disent quelques coutumes : quand argent faut, finaison nulle — LOYSEL, 592
9 autres citations
- Entre enfans, n'y a qu'un droit d'ainesse.... Toutefois, s'il y a diverses successions, coutumes ou bailliages, il prendra droit d'ainesse en chacune d'icelles — ID., 631
- Une fois n'est pas coutume [ne suffit pas pour prouver la coutume] — ID., 780
- Il sortit de son logis, et s'en alla sur la place promener avec ses amis comme il avoit de coustume — AMYOT, Aratus, 7
- Us et coustumes — ID., Numa, 20
- Coustume est ce qui a esté gardé d'ancienneté — Anc. coust. de Normandie, f° 21, dans LACURNE
- Qui croiroit combien est grande et imperieuse l'authorité de la coustume, qui la dit estre une autre nature, ne l'a pas assez exprimé ; car elle fait plus que nature, elle combat nature — CHARRON, Sagesse, p. 336, dans LACURNE
- Gasteau et mauvaise coustume se doivent rompre — COTGRAVE
- Le loup alla à Rome, et y laissa de son poil, mais rien de ses coustumes — ID.
- Les bonnes coustumes sont à garder, et les mauvaises à laisser — LEROUX DE LINCY, t. II, p. 332
Étymologie
Berry, cotume, couteume ; provenç. costum, s. m. et costuma, cosdumna, s. f. ; espagn. costumbre, s. f. ; portug. costume, s. m. ; ital. costume, s. m. et costuma, s. f. ; bas-lat. coustuma, dans un texte du commencement du VIIIe siècle. Il y a des distinctions à faire dans ces mots romans. Diez fait remarquer que les masculins ne peuvent venir directement de consuetudinem, et qu'il faut supposer que le suffixe s'est transformé en umen : consuetumen. Quant aux féminins en e : coutume et costumbre, ils viennent de consuetudinem, comme amertume, de amaritudinem. Enfin les féminins en a répondent à un pluriel neutre consuetumina (ces neutres pluriels deviennent souvent des noms féminins dans les langues romanes).
Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)
Sources
- Wiktionnaire Licence Creative Commons partage identique
- TERMIUM Plus (OGL-C)
- Littré (1873), balisage XML de François Gannaz Licence Creative Commons partage identique
- wiktionnaire (cibles)
- Lexique 3.83 — Boris New et Christophe Pallier Licence Creative Commons partage identique
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