lourd

nature
adj masculin
diction
[luʁ] · 1 syllabe
usage
53 par million de mots

Sens et définitions

Adjectif 14

  1. Pesant ; dont le poids est élevé.
    • En 2000, je suis allé au Kosovo et j'ai revêtu une de ces cuirasses des démineurs. C'est lourd, ça pèse trente-cinq kilos. Pascal Convert, Raymond Aubrac. Résister, reconstruire, transmettre, Éditions du Seuil, 2011
  2. figuré Qui nécessite d’importants moyens.
    • Deux types d'entreprises peuvent adhérer au programme volontaire : les premières sont les industries avec de lourds procédés de production. Une liste de 35 procédés spécifiques à l'industrie lourde a été établie, sur la base des critères de l'UE. Les approches volontaires dans les politiques de l'environnement : Analyse et évaluation, OCDE, décembre 1999, p. 70
  3. figuré Qui occasionne beaucoup de dépenses ou de durs sacrifices d’argent.
    • […], les fonds destinés aux matériels scolaires ainsi qu'à la construction et à l'entretien des équipements constituent l'un des plus lourds investissements d'infrastructures publiques. Optimiser les ressources dans l’enseignement scolaire : Investissements judicieux, résultats de qualité, égalité des chances, OCDE, 2023, p. 106
  4. Qui est difficile et rude à faire, à assumer, à assurer.
    • Cette mission est nôtre, elle préfigure la mission qui sera celle de tous congolais ; principalement celle de celui dont la lourde tâche est de mener à bon port note destinée commune. Yannick Ndouna, Pour un Congo prospère, Paris : Éditions les 3 colonnes, 2023
  5. figuré Qui manque d'aisance dans ses mouvements.
    • La lourde démarche d’un buveur attardé, ou le bruit d’un fiacre retournant à Paris, retentissaient plus vivement et se faisaient écouter plus loin que de coutume. Honoré de Balzac, La Femme de trente ans, chap. 5 : Les Deux Rencontres, Paris : chez A. Houssiaux, 1855, p. 110
  6. figuré Capiteux.
    • Il la contemplait, immobile, touché par cette grâce délicieuse, enivré par les lourds parfums de la chambre de Melcy. Noël Blache, « Melcy, part. 3, chap. 9 », dans La Nouvelle Revue, 7ᵉ année, tome 37, Paris, 1885, p. 321
  7. Familier Pesant, difficile à supporter, en parlant du comportement d’une personne.
7 emplois spécialisés
  1. Agriculture Se dit d’un sol, d’une terre compacte et difficile à travailler, généralement riche en particules fines, notamment en argile.
    • Plus l’argile ou le limon sont lourds, tenaces et pauvres en silice, plus ils sont imperméables et partant impropres à la création des prés. Julien-Marc DebyManuel pratique d’irrigation, 1850, page 16
  2. Médecine figuré Qui est endolori et pénible à supporter, en parlant d’une partie du corps.
    • Nous étions non pas las, mais notre cerveau était engourdi à la suite de la terrible tension d’esprit au milieu de la tempête. Pour ma part, j’avais la tête lourde. Dieudonné Costes et Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930
  3. Cuisine Qualifie un aliment difficile à digérer.
  4. Météorologie Pesant, étouffant, menaçant, en parlant du temps, de l’atmosphère.
  5. Systèmes d'armes Qualificatif des armes et équipement en fonction de certaines caractéristiques (poids, calibre, etc.).
  6. Culture des céréales Qualificatif d'un poids supérieur au poids nominal ou à la masse nominale, s'appliquant à un poids présentant une erreur en plus.
  7. Industrie vinicole Se dit d'un vin chargé à l'excès en couleur et matière extractive, épais, sans distinction, sans agrément.

Nom 2

  1. vieilli Ellipse de franc lourd.
    • Marthe compta, recompta, trouvant chaque fois deux cent soixante-six francs. Deux francs soixante-six, en lourds, comme ils disent. Hervé Bazin, Chapeau bas, Seuil, 1963, Le Livre de Poche, page 247
  2. Quelqu’un ou quelque chose de particulièrement important.
    • « Y’a du lourd… » dit-elle au moment où il la rejoignit. « Du très lourd. » Michel Houellebecq, La carte et le territoire, 2010, J’ai lu, page 192

Adverbe 2

  1. De la plus grande importance.
    • Pour le moment, il y a un argument qui pèse lourd en faveur du monomoteur : les avions monomoteurs sont beaucoup plus rapides que tous les trimoteurs. Dieudonné Costes et Maurice Bellonte, Paris-New-York, 1930
  2. Beaucoup.
    • Ils sont pas lourds en février, à se souvenir de Charonne, des matraqueurs assermentés qui fignolèrent leur besogne. Renaud Séchan, Hexagone, Éditions Mino Music, 1975

Citation

Je n'entends point parler du terrible ouvrage du lourd Crévier contre Montesquieu, ni du livre intitulé : Fonctions du parlement
Voltaire, Lett. Damilaville, 4 févr. 1764

Origine du mot

Du latin lŭrĭdus (« jaune pâle, blême, livide »).

Dans le dictionnaire latin : lŭrĭdus

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

LOURD, OURDE adj. (lour, lour-d')

1 Mal habile, manquant de facilité et de pénétration. Homme lourd. encore relevé aujourd’hui

  • Nos esprits sont plus lourds que ceux de votre Grèce — CORN., Tois. d'or, III, 1
  • Je n'entends point parler du terrible ouvrage du lourd Crévier contre Montesquieu, ni du livre intitulé : Fonctions du parlement — VOLT., Lett. Damilaville, 4 févr. 1764
2 autres citations
  • Ne vous fiez point à ces mains lourdes qui fanent les fleurs qu'elles touchent — ID., Mél. litt. Fragm. lett. Acad. Berlin.
  • S'expliquer avec un détail aussi superflu, c'est être lourd et pesant ; voilà le contraire de la finesse — GENLIS, Veillées du château t. I, p. 262, dans POUGENS

2 Manquant de légèreté, de vivacité, en parlant des compositions de l'esprit. Manière d'écrire lourde et ennuyeuse. La touche de ce peintre est lourde. Lourd de couleur, de dessin. encore relevé aujourd’hui

  • Pancrace, mon cher maître, ô vous à qui je doi Ce ton lourd et guindé que vous vantez en moi — M. J. CHÉN., le Docteur Pancrace.

Style lourd, le style où manquent, non pas les qualités absolument nécessaires, comme la correction et la clarté, mais les qualités habituelles les plus agréables, comme la précision, l'élégance, le naturel, la vivacité, le mouvement.

Il se dit aussi de la manière de converser. Conversation lourde.

3 Qui indique de la lourdeur d'esprit, en parlant des choses. encore relevé aujourd’hui

  • Tu te laisses donc prendre à ce lourd artifice — CORN., Veuve, IV, 5
  • L'artifice est trop lourd pour ne pas l'éventer — ID., Poly. V, 1
4 autres citations
  • Va, d'un piége si lourd l'appât est inutile — ID., Héracl. IV, 6
  • Lourd et grossier abus ! croyance ridicule — ROTR., Bélis. V, 8
  • Cette faute [que je fis] fut une des plus lourdes que chacun pût faire dans cette conjoncture — RETZ, IV, 8
  • Pour éviter toute équivoque, et ôter aux journalistes allemands tout prétexte de dire là-dessus, à leur ordinaire, quelques lourdes sottises — D'ALEMB., Lett. au roi de Prusse, 9 févr. 1780

4 Qui a l'apparence de la lourdeur. encore relevé aujourd’hui

  • Je m'accostai d'un homme à lourde mine Qui sur sa plume a fondé sa cuisine — VOLT., le Pauvre diable.

5 Qui se remue avec peine, avec effort, par opposition à agile, dispos. Les chevaux de Flandre sont lourds. encore relevé aujourd’hui

  • Mais il lève déjà sa tête lourde et lasse — ROTR., Herc. mour. IV, 2
  • J'aime un gros bœuf, dont le pas lent et lourd, En sillonnant un arpent dans un jour, Forme un guéret, où mes épis vont naître — VOLT., le Pauvre diable.

6 Qui est, en raison du poids, difficile à porter. Un lourd fardeau. encore relevé aujourd’hui

L'air est lourd, il fait éprouver au corps la sensation d'un poids. On dit de même : le temps est lourd.

Faire une lourde chute, tomber de tout son poids.

  • Et les plus hauts palais font les plus lourdes chutes — ROTR., Herc. mour. III, 4

Fig. Avoir une maison bien lourde, avoir une maison, un ménage bien coûteux. Six enfants sont une charge bien lourde pour ce pauvre homme.

Une lourde tâche, une lourde besogne, etc. une tâche, une besogne difficile et rude à faire.

On verra à l'historique et à l'étymologie, comment il se fait que le sens physique de pesant est, dans lourd, postérieur au sens qui a rapport aux qualités intellectuelles.

7 S. m. Le lourd, partie d'une meule de moulin qui, étant plus dense et plus pesante que le reste, rompt l'équilibre de l'ensemble. encore relevé aujourd’hui

Synonyme

LOURD, PESANT. Tout corps est pesant, parce que la pesanteur est la tendance générale des corps vers le centre ; mais on ne peut appeler lourds que ceux qui ont un poids considérable relativement à leur masse. Dans le sens figuré, et quand il s'agit de l'esprit, le mot lourd enchérit encore sur celui de pesant, l'esprit pesant conçoit avec peine, avance lentement et fait peu de progrès : l'esprit lourd ne conçoit rien et ne fait aucun progrès, BEAUZÉE.

Historique

XIIIe s.

  • Quant aucuns est trop paresseus, Enturlez, lours et oublieus — DU CANGE, lurdus.
  • N'est si kurtois ki n'est bastard S'il n'i aprent u tost u tard, Ne serjant si felun ne lurd, K'à priere se face surd — Edouard le confesseur, V. 902
1 autre citation
  • Li soz vieillarz, li folz, li lors, Li enviellis de mauvais jors — GAUTIER DE COINCI, p. 219

XIVe s.

  • Il bat, il fiert, il rue les enfans de deça ; Et est nices et lours, sens ne maniere n'a — Guesclin. 119

XVe s.

  • Et s'amans vont faisant les lours, Tantost congnoistray leur deffault — CH. D'ORL., Rondeau.
  • À une grant court très notable Alay pour vir [voir] seoir les gens, Dont maint se mistrent à la table, Les uns lourdes, les autres gens — E. DESCH., Poésies mss. f° 286

XVIe s.

  • Mais à quelque intention qu'il le fist, il commist une très lourde faulte — AMYOT, Péricl. 50
  • Lourd comme une busche — OUDIN, Curios. franç. à lourdes paroles sourdes oreilles, COTGRAVE.
Étymologie

Bourg. lor, lode au féminin ; Berry, lourd se dit du mouton atteint du tournis ; ital. lordo sale, et aussi lurido ; napolit. lurdo, sale ; bas-latin, lurdus, sale, immonde ; du lat. luridus, jaunâtre, livide. Le sens d'immonde, de pourrissant est une altération très ancienne du latin luridus, puisque les Gloses de Raban le traduisent par fûl, c'est-à-dire pourri. Du sens de pourri, lourd est passé à celui d'inerte d'esprit, pesant d'esprit ; puis, par une singularité très grande, du sens moral au sens physique de pesant. Il n'y a rien à objecter contre cette étymologie dont le point essentiel repose sur la glose de Raban offrant la plus ancienne modification du latin luridus, et que d'ailleurs tout l'historique appuie. On a parlé de horridus, qui a donné ord, orde, avec agglutination de l'article, lord ; mais les textes n'offrent aucune trace de cette agglutination. D'autre part, du Cange a invoqué le grec λορδὸς, dont l'échine est courbée : mais cette étymologie. d'ailleurs fort improbable, puisqu'on ne voit pas comment un mot grec serait entré dans les langues romanes sans passer par le latin, ne rend pas raison du sens de sale, immonde.

Supplément au dictionnaire

LOURD. Ajoutez :

8 Il se dit des tissus qui offrent de la pesanteur, par opposition aux tissus légers.

  • On compare nos tulles lourds aux tulles légers de France — Enquête, Traité de comm. avec l'Anglet. t. V, p. 662
  • Blondes lourdes — ib. p. 658

9Terme de turf. La piste est lourde, quand le sol est très pâteux par suite des pluies.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « lourd » du Wiktionnaire.

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