poêle

nature
nom
diction
[pwal] · 1 syllabe
usage
22 par million de mots

Sens et définitions

Nom 9

  1. Ustensile de cuisine, rond ou ovale, peu profond et à bords évasés, muni d’une longue queue et dont on se sert pour cuire les aliments.
    • Faites raidir les tranches de bacon dans une poêle antiadhésive. Ôtez du feu et laissez refroidir. Anne Garnier Carole Dufour, Le Nouveau Régime booster métabolique : Brûler plus de graisses sans effort, Éditions Leduc.s, 2019
  2. Appareil de chauffage en fonte, en fer, en faïence etc. comportant un foyer clos dans lequel on brûle un combustible, et qui dégage de la chaleur grâce au rayonnement de ses parois.
    • Mal éclairée d'un quinquet nu, la famille veillait autour du poêle triangulaire. Jean Rogissart, Passantes d’Octobre, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1958
  3. Pièce où se trouve le poêle.
    • N'ayant, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avais tout le loisir de m'entretenir de mes pensées. René Descartes, Discours de la méthode, 1637
  4. Cuisinière (appareil de cuisson, électrique ou non).
    • Dans mon nouvel appartement, les électroménagers sont fournis, donc j'ai dû vendre mon ancien poêle et frigo.
  5. Drap mortuaire, grande pièce d’étoffe noire ou blanche dont on couvre le cercueil pendant les cérémonies funèbres.
    • Ils n’étaient pas moins attentifs à empêcher qu’aucun laïque sacrilège ne touchât au poêle qui couvrait la bière ; c’était celui qui avait servi aux funérailles de saint Edmond. Walter Scott, Ivanhoé, traduit de l’anglais par Alexandre Dumas, 1820
  6. Voile qu’on tenait autrefois sur la tête des mariés, durant la bénédiction nuptiale, suivant un usage qui s’est conservé dans certaines contrées.
    • Faire passer sous le poêle.
  7. Dans un étang, zone d’eau peu profonde et de faible surface.
    • Les poissons commençaient à sortir. Ils arrivaient dans « la poêle », un petit réservoir peu profond et barré à son extrémité par un grillage assez fin. Ernest Pérochon, Nêne, 1920
2 emplois spécialisés
  1. Technique Nom donné à divers récipients servant à faire fondre la cire, l’étain, le plomb, etc.
  2. Religion Dais sous lequel on porte le Saint Sacrement dans les processions.

Formes fléchies 5

  1. Première personne du singulier du présent de l’indicatif de poêler.
  2. Troisième personne du singulier du présent de l’indicatif de poêler.
  3. Première personne du singulier du présent du subjonctif de poêler.
  4. Troisième personne du singulier du présent du subjonctif de poêler.
  5. Deuxième personne du singulier de l’impératif de poêler.

Citation

Et malgré les volets le soleil irrité Formait un poêle ardent au milieu de l'été
Nicolas Boileau, Sat. III

Origine du mot

Du latin patella (« patelle, petit plat ») qui donne l’ancien français paielle (« ustensile de ménage servant à frire, souvent à longue queue »), encore usuel en wallon, ou paelle ; et, via l’espagnol, le français paella. Au quatorzième siècle, tenir la cowe de la poeille, « avoir le maniement des affaires ». Au seizième siècle, sauter de la poesle en la braise, « aller de mal en pis ».

Du latin pensilis (« qui pend, suspendu, bâti sur voûte ou sur pilier ») qui, phonétiquement a évolué comme pensum vers poids. Le mot latin désigne les balnea pensilia, « bains construits sur des voûtes et chauffés par-dessous, hypocauste ». Pensilis est usité par Grégoire de Tours comme substantif au sens de « chambre chauffée par en-dessous », ce qui prouve l’existence de ce type de pièce et de sa dénomination dans l’Ouest de la France jusqu’à l’an 600. En 1351, poile a le sens de « chambre chauffée par un poêle », au seizième siècle, on l’écrit poële et il a le sens de « fourneau servant au chauffage ».

Du latin pallium (« couverture, manteau ») qui donne le cas régime pluriel palis au dixième siècle avec le sens de « riche étoffe venue d’Orient » et, au cas sujet, palie. Au douzième siècle, on le retrouve sous la forme paile, puis vers 1210, poile, orthographié poille à la Renaissance et, en 1680, poêle.

Dans le dictionnaire latin : pallium, patella, pensilis

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

POÊLE ou POILE2 s. m. (poî-l')

1 Grand fourneau de terre ou de métal, souvent embelli de figures, qui sert dans les pays septentrionaux à échauffer une chambre, et dont l'usage a passé en France.

Fig.

  • Et malgré les volets le soleil irrité Formait un poêle ardent au milieu de l'été — BOILEAU, Sat. III

Poêle de construction, poêle construit à demeure avec des carreaux de faïence ou de terre non vernissée sur la place qu'il doit occuper.

Terre à poêle, sorte de terre employée dans la construction des poêles.

Poêle à la Désarnaud, sorte de poêle en fonte de peu de profondeur que l'on place dans une cheminée.

Poêle suédois, gros poêle que l'on construit ordinairement de toute la hauteur de la pièce.

2 Nom donné en Allemagne et en Hollande à la chambre où est le poêle.

  • N'ayant, par bonheur, aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poêle, où j'avais tout le loisir de m'entretenir de mes pensées — DESC., Méth. II, 1
Historique

XVIe s.

  • Un Allemand me feit plaisir, à Auguste [Augsbourg], de combattre l'incommodité de nos fouyers par ce mesme argument de quoy nous nous servons ordinairement à condamner leurs poesles — MONT., IV, 255
  • Les comtes meinent M. de Vieilleville en une aultre grande salle, qu'ils nommoient poisle, avec sa suicte [il s'agit d'une salle à manger à Vienne, à la cour] — CARL., VIII, 21
Étymologie

Bas-lat. pisalis, piselis, piselum, pysalis, qui est synonyme du bas-lat. genecium, gynæceum, lieu où les femmes de service travaillaient aux ouvrages de laine. Comme ces lieux étaient chauffés, on prit l'habitude de donner au nom de ces ouvroirs le sens de chambre chauffée. Jusque-là tout est clair ; mais d'où vient piselis ? Du Cange le tire de pensile, venant de pensum, tâche, à cause de la tâche que faisaient les ouvrières des gynécées ou poêles. En effet le bas-latin a pensilis, dérivé de pensum ; pensiles ancillæ, des servantes chargées de faire une tâche dans les gynécées ou ouvroirs. Dès lors on voit la filiation : pensile, d'où pēsile, d'où poisle, chambre où l'on fait une tâche, de pensum, tâche (voy. POIDS). Scheler le tire de l'adjectif latin pensilis, suspendu : balneæ pensiles (de Pline), cabinets de bain suspendus, c'est-à-dire construits sur des voûtes et chauffés par-dessous. Mais, pour cette dérivation, on n'a pas comme pour le pensile, de pensum, le chaînon intermédiaire pensiles ancillæ.

Supplément au dictionnaire

2. POÊLE ou POILE. Ajoutez : - REM. M. Ch. Berthoud, de Gingins, canton de Vaud, observe que le mot poêle au sens de chambre où l'on se tient d'habitude en hiver est fort employé dans la Suisse française : le grand poêle de l'hôtel de ville ; mais qu'il ne l'est pas du tout dans la Suisse allemande. En effet, poêle est la traduction du mot allemand ou hollandais qui désigne cette chambre, traduction employée au XVIe siècle et par Descartes ; mais au Dictionnaire la définition est défectueuse : il faut lire : Nom donné par les Français à la chambre où est le poêle en Allemagne et en Hollande.

POÊLE3 s. f. (poî-l')

1 Ustensile de cuisine dont on se sert pour frire, pour fricasser. encore relevé aujourd’hui

  • Autrefois carpillon fretin Eut beau prêcher, il eut beau dire, On le mit dans la poêle à frire — LA FONT., Fabl. IX, 10

Fig. Être dans la poêle, être dans l'embarras.

  • J'en ris tout autant que vous, quoique je sois dans la poêle — D'ALEMB., Lett. à Voltaire, 18 oct. 1760

Fig. Tomber de la poêle en la braise, ou dans le feu, tomber d'un mal en un pire.

  • Je tombai par malheur de la poêle en la braise — RÉGNIER, Sat. X
  • Je ne fis que sauter, comme on dit, de la poêle à frire dans le feu — LE SAGE, Guzm. d'Alf. I, 6

Il n'y en a point de plus empêché que celui qui tient la queue de la poêle (voy. QUEUE).

Fig. Qui pourrait s'empêcher de rire ? Lebrun d'un vol audacieux Se précipite dans les cieux, Et tombe dans la poêle à frire, DOMERGUE, Epigr. contre Lebrun qui avait épousé sa cuisinière.

2 Poêle à confitures, poêle de cuivre sans queue, avec deux anses ; plus souvent appelée bassine.

3 Chaudière dans laquelle les chandeliers font fondre leur suif.

Grand bassin de cuivre sur lequel les ciriers travaillent leurs ouvrages à la cuiller.

Vase de fonte qu'emploient les chaudronniers pour faire fondre l'étain.

4Terme de marbrier. Vase de fonte avec deux anses et trois pieds, dans lequel on allume du charbon pour faire chauffer les petites parties de marbre, les goujons avant de les graisser, et les pinces des polisseurs.

5 Nom donné dans nos salines de l'Est à une vaste chaudière servant à l'évaporation du liquide avant qu'on le mette dans les cristallisoirs. Poêle de graduation, poêle de préparation.

6Terme de pêche. Partie du fond d'un étang, plus profonde que le reste, et située vis-à-vis de la bonde, où tout le poisson se rend, à mesure que l'on vide l'étang pour le pêcher.

7Terme de gravure. Ustensile qui sert à chauffer la planche que l'on encre.

Historique

XIIIe s.

  • Paeles que l'on aporte du lendit, si doit chascune obole, et de pos autresinc — Liv. des mét. 290

XIVe s.

  • La dame moult bien entendi.... Ses cuers [son cœur] li bat et li flayelle, Et frit con tourtyalz en payelle — J. DE CONDÉ, t. II, p. 41

XVe s.

  • Qui tient la poisle par la queue, il la tourne par où il luy plaist — LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 213
  • Son corps feut mis par pieces, et bouilli en une paille, tellement que la chair se separa des os — JUVÉN., Ch. VI, 1422
1 autre citation
  • Abusé m'a et fait entendre Toujours d'un que il fust un autre, De vieil machefer que fust peauthre, Du ciel une paesle d'airain — VILLON, Double ballade.
Étymologie

Wallon, paill ; picard, payelle, poyelle ; provenç. padela, padena ; catal. paella ; ital. padella ; du lat. patella, diminutif de patena, patène.

POÈLE1 s. m. (poî-l')

1 Voile qu'on tient sur la tête des mariés pendant la bénédiction nuptiale.

  • Il [le cardinal de Fleury] fut aumônier du roi, et en cette qualité il tint le poêle au mariage de feu M. le duc d'Orléans en 1692 — MAIRAN, Éloges, card. de Fleury.

Mettre un enfant sous le poêle, se dit en parlant d'un enfant né avant le mariage qu'on a reconnu et légitimé, et sur lequel on étend le poêle à la cérémonie du mariage.

2 Drap dont on couvre le cercueil pendant les cérémonies funèbres, et dont quelquefois, par honneur, les coins sont tenus, pendant la marche du convoi, par certaines personnes.

  • M. Newton était honoré de son vivant, et l'a été après sa mort comme il devait l'être : les principaux de la nation se sont disputé l'honneur de porter le poêle à son convoi — VOLT., Mél. litt. Consid. due aux gens de lett.

3 Dais sous lequel on porte le saint sacrement.

4 Dais qu'on présentait aux rois, aux princes et aux gouverneurs des provinces, quand ils faisaient leur entrée dans une ville.

Historique

XIe s.

  • Sur palies blancs siedent cil chevalier — Ch. de Rol. VIII

XIIe s.

  • Li cuens Hues se dresse, s'est un paile vestu — Sax. XXVIII
  • Bele Erembors à la fenestre, au jor, Sur ses genouz tient paile de coulor — Romancero, p. 49

XIIIe s.

  • Voire s'il en y avoit plusors enfans nés avant qu'il espousast, et le [la] mere et li enfant à l'espouser estoient mis desoz le paile de sainte Eglise, si devenroient il loiel oir — BEAUMANOIR, XVIII, 2

XVIe s.

  • Ils lui presenterent à l'entrée de la ville un poele, [ce] qu'il trouva fort mauvais, comme n'estant du qu'au souverain — CARL., I, 36
  • Enfans nés avant le mariage, mis sous le poile sont legitimés — LOYSEL, 58
2 autres citations
  • Un grand voile en forme de paesle — PARÉ, XXV, 40
  • Diogenes ceignit son palle en escharpe, recoursa ses manches jusques es coubtes — RABEL., Pant. III, Prol.
Étymologie

Picard, poisle, manteau ; provenç. palli, pali ; espagn. palio ; ital. pallio. Diez, contestant que poîle ou poile puisse venir du latin pallium, qui n'a pu donner que paile, le tire du bas-lat. petalum, ornement ou feuille métallique dorée sur la tête du pape (qui vient du grec πέταλον, quelque chose d'étendu). Mais, si l'on suit la série des orthographes palie, paile, poele, poile, paesle, sans qu'il y ait interruption du sens, on verra que paile est devenu poile au XVIe siècle, comme je fois pour je fais, je vois pour je vais, etc.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 3 (PDF, 216 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « poêle » du Wiktionnaire.

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