croc

nature
nom masculin
diction
[kʁo] · 1 syllabe
usage
2 par million de mots

Sens et définitions

Nom 8

  1. Instrument de fer, de bois, etc., à une ou plusieurs pointes recourbées, dont on se sert pour y pendre ou pour y attacher quelque chose.
    • Un froid mouillé touchait sa paume, le mince corps se tordait au béement de la gueule translucide, si fragile que l'hameçon dont elle était percée semblait un croc de bronze monstrueux. Maurice Genevoix, La Boîte à pêche, Paris : éd. B. Grasset, 1926, page 29
  2. Instrument de fer dont on se sert pour attraper ou cueillir quelque chose.
    • Ils se tenaient par la main – Glaoda était devenu aveugle – et Corentine s’était munie d’un pot à lait et d’un croc pour la cueillette des mûres. C’est pour lui faire de la confiture, disait-elle. Mona Ozouf, Composition française, Gallimard, 2009, collection Folio, pages 55-56
  3. Longue perche au bout de laquelle il y a une pointe de fer avec un crochet.
    • A l'arrière, se tient une jeune recrue, poupine et rose, mais maniant fort bien la perche à croc, et soufflant à tout va dans un sifflet à roulette, pour prévenir les riverains. Hervé Bazin, Cri de la chouette, Grasset, 1972, réédition Le Livre de Poche, page 10
  4. Façon de porter les moustaches recourbées en forme de crochet.
  5. Chacune des quatre grandes canines pointues des animaux carnivores.
    • L'air maussade, il portait un jean et un tee-shirt orné d'un vélociraptor qui montrait les crocs, à cheval sur un chat géant arborant lui-même un tee-shirt sur lequel était écrit « XPTDR ». Chloe Neill, Les Vampires de Chicago, tome 7 : Permis de mordre, traduit de l'anglais (États-Unis) par Sophie Barthélémy, Paris : éditions Milady, 2013
  6. argot Dent humaine.
    • La quarantaine et plus un croc à lui, si mes souvenirs ne me trahissaient pas. Léo Malet, Les rats de Montsouris, Robert Laffont, Paris, 1955
  7. vieilli Personne qui triche aux jeux (de nos jours on utilise plutôt escroc).
  8. Sabot en matière plastique (mousse d'éthylène-acétate de vinyle).
    • Aux étapes, les Jacquets que l'on voit déambuler après dîner, sont immanquablement chaussés de tongs, de sandales ou de crocs. J.C. Rufin, Immortelle randonnée

Onomatopée 1

  1. Bruit sec et craquant. (→ voir cric et crac)
    • Cela fait « croc » sous la dent.

Citation

Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ; Rends-moi le premier de ma race, Qui fournisse son croc de quelque mouton gras
Jean de La Fontaine, Fabl. XII, 9

Origine du mot

Provenç. croc ; ital. crocco ; d'un radical qui est également germanique et celtique : anc. scandin. krôkr ; angl. crook ; kymri, crôg ; breton, krôk. Il n'est pas sûr que graus, dans la Chronique de Rains, soit crocs ; ce peut être un mot ayant pour radical grap (voy. GRAPPIN). — Littré, 1873

1873 — le Littré

CROC1 s. m. (krok)

Mot qui exprime le bruit que fait une chose qui se brise sous la dent, sous le pied, etc. Cela fait croc sous la dent.

  • Sa galère aussitôt fit croc Et puis crac.... — SCARRON, Virg. trav. V
Étymologie

Onomatopée.

CROC2 s. m. (kro ; le c ne se prononce pas, même devant une voyelle, excepté dans croc-en-jambe, dites : kro-k en jambe ; au pluriel, krô ; l's se lie : des krô-z aigus)

1 Sorte de grappin de fer ou de bois auquel on suspend quelque chose. Pendre de la viande au croc. encore relevé aujourd’hui

  • Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ; Rends-moi le premier de ma race, Qui fournisse son croc de quelque mouton gras — LA FONT., Fabl. XII, 9

Pendre au croc un habit, l'y suspendre quand on le quitte.

  • Je pendis au croc une seconde fois mon habit, pour en prendre un de mon maître et me donner l'air d'un médecin — LESAGE, Gil Blas, II, 3

Fig. Pendre son épée au croc, mettre les armes au croc, quitter le métier des armes, la vie militaire.

  • Je veux pendre l'épée au croc — MOL., les Préc. 12
  • Si Dieu ne change mes résolutions, je mettrai bientôt mon armure au croc — P. L. COUR., Lett. I, 285

Mettre un procès au croc, le pendre au croc, cesser de le poursuivre.

Être au croc, être interrompu, empêché.

  • Quoi ! la pièce [comédie] est au croc une seconde fois — PIRON, Métrom. IV, 5

Avoir à son croc, avoir certaines choses utiles accrochées au croc.

  • Bonne chasse, dit-il [le loup en apercevant un cheval], qui t'aurait à son croc — LA FONT., Fabl. V, 8

Fig.

  • Amour n'avait, à son croc, de pucelle Dont il crût faire un aussi bon repas — LA FONT., Comment l'espr.

Fig.

  • Mille autres moutons comme moi, Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire, Seront servis au peuple-roi — A. CHÉN., 269

2 Longue perche dont le bout est armé d'un crochet. Un croc de batelier. encore relevé aujourd’hui

  • Une partie des soldats était occupée à tirer avec des crocs les corps entassés dans les maisons [dans le siége de Carthage par Scipion Émilien] — CHATEAUB., Itin. III, 157

Les crocs de la ville, se disait, à Paris et dans d'autres grandes villes, de grands crocs dont on se servait pour abattre les maisons qui brûlaient, à l'effet d'éteindre le feu.

  • Enfin sous mille crocs la maison abîmée Entraîne aussi le feu qui se perd en fumée — BOILEAU, Sat. VI

3Terme d'agriculture. Croc ou crochet, instrument aratoire à une, deux ou plusieurs dents aiguës, faisant avec le manche un triangle plus ou moins ouvert. Le croc est principalement employé dans la petite culture. encore relevé aujourd’hui

4Terme de marine. L'extrémité recourbée d'un grand nombre d'ustensiles de fer.

Croc à émerillon, celui qui tourne sur l'estrope ferrée d'une poulie.

Dans le langage des marins. Coup de croc, petit verre d'eau-de-vie, dit aussi coup de sec. Nous prîmes un coup de croc.

5 Dents recourbées ou pointues de certains animaux. Ce mâtin a de grands crocs.

  • ....Sa gueule faisait une laide grimace, Qui, parmi de l'écume, à qui l'osait presser, Montrait de certains crocs.... — MOL., Princ. d'Élide, I, 2

Par extension, pince d'écrevisse.

  • Eh bien ! cet animal aux longs crocs, au pas lent [l'écrevisse], Montre au sage étonné que ce spectacle enchante, Les débris renaissants de sa serre tranchante — DELILLE, Trois règnes, VII

6Terme de botanique. Croc de chien, arbre épineux des Antilles, ainsi nommé parce que ses épines arrêtent les chiens à la chasse ; le fruit en est une prunelle jaune. non relevé aujourd’hui

7 Au plur. Moustaches recourbées en crochet. Sa bouche était surmontée de deux crocs de moustache rousse.

Remarque

Le peuple dit souvent un croc pour un voleur, un escroc ; mais ce paraît être une corruption du mot escroc, et non une figure du mot croc.

Historique

XIIe s.

  • E chaesnes, e crocs, e phieles, e mortiers e encensiers, tut de fin or — Rois, 257

XIIIe s.

  • Il prenoient les nés [nefs] toutes ardans à crocs de fer, et les tiroient parvive force fors du port — VILLEH., XCVI
  • Et fu li vaissiaus [une outre] saciés fors à graus de fier, et fu aportés à terre — Chr. de Rains, 96
4 autres citations
  • Il s'en vont querre le cheval, Qui aloit noant [nageant] contreval, Du croc le prennent par les renes — Bl. et Jeh. 2723
  • Ausinc doit fame par tout tendre Ses raiz por tous les hommes prendre ; Car por ce qu'el ne puet savoir Des quiex el puist la grace avoir, àu mains por ung à soi sachier, à tous doit son croc atachier — la Rose, 13798
  • El feu le jettent erranment, Od crocs de fer ens le buterent — MARIE, Purgatoire, 889
  • Deable à leur croc les ensaichent, Enz en enfer dedenz les saichent — G. DE COINSY, Ste Leocade, V. 373

XIVe s.

  • Lors jeterent lor ancre, et les grans cros d'achier, Dont il firent ensamble leur vaissiaus attachier — Baud. de Seb. IV, 710

XVe s.

  • De moy ne serez escondit, S'aucune chose desirez à vostre bien, quant l'escriprez ; Paine mectray, d'entente franche, Que l'ayez de croq ou de hanche — CH. D'ORL., Réponse à Frédet.
  • Ayans [dans un combat singulier] bastons accoustumés.... sans avoir alesnes, ne crocs, broches, poinsons, fers barbelez, aguilles, pointes envenimées.... — MONSTRELET, t. I, ch IX, p. 8, 1402, dans LACURNE
1 autre citation
  • Je vueil gaigner mon pain en toute place, Sans ressongnier [craindre] justice ne ses cros — EUST. DESCH., Poésies mss. f° 236, dans LACURNE, au mot cros.

XVIe s.

  • Et toi, miserable goutteux, as-tu pendu plaisir au croc ? — GOUPILLE, Plaisants devis, dans LEROUX DE LINCY, Prov. t. II, p. 164
  • Maintenant de croc et de hanche, que toutes voyes estoient licites contre les Lutheriens, tant fussent elles estranges — LAPLANCHE, Estat de la Fr. sous Franç. II, p. 146, dans LACURNE
1 autre citation
  • Il pressa de là en avant le sauvage qui l'avoit pressé, et quant et quant lui donna de croc et hanche si bien qu'il le mit tout plat sur l'herbe — D. Flores de Grece, f° CXX, dans LACURNE
Étymologie

Provenç. croc ; ital. crocco ; d'un radical qui est également germanique et celtique : anc. scandin. krôkr ; angl. crook ; kymri, crôg ; breton, krôk. Il n'est pas sûr que graus, dans la Chronique de Rains, soit crocs ; ce peut être un mot ayant pour radical grap (voy. GRAPPIN).

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 1 (PDF, 199 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « croc » du Wiktionnaire.

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