défendre

nature
ver
diction
[defɑ̃dʁ] · 2 syllabes
usage
78 par million de mots

Sens et définitions

Verbe 16

  1. Protéger, soutenir, quelqu'un ou quelque chose contre une attaque, une agression.
    • À cette nouvelle, femmes et filles se placèrent autour du cercueil du bienheureux, s’entr’exhortant à le défendre vaillamment. Gustave Fraipont, Les Vosges, 1923
  2. Empêcher que l’ennemi ne puisse, sans risquer beaucoup, entrer dans un lieu ou en approcher.
    • Hilperik entra à Paris sans aucune opposition, et logea ses guerriers dans les tours qui défendaient les ponts de la ville, alors environnée par la Seine. Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, 1ᵉʳ récit : Les Quatre Fils de Chlother Iᵉʳ — Leur caractère — Leurs mariages — Histoire de Galeswinthe (561-568), 1833–1837
  3. Garantir, tant au sens propre qu’au sens figuré.
    • La montagne défend cette maison du froid, des vents du nord.
  4. Soutenir l’innocence de quelqu’un contre ceux qui l’accusent.
    • Portalis, quelque temps après, trouve de l’argent et lance un nouveau journal où il se met à défendre les communards arrêtés et condamnés. Victor Méric, Les Compagnons de l’Escopette, Éditions de l’Épi, Paris, 1930, page 101
  5. Prohiber, interdire quelque chose.
    • Saint Louis […] défendit aux gens du faubourg de Graveillant de rebâtir leurs maisons et fit évacuer le faubourg de la Trivalle. Ces malheureux durent s’exiler. Eugène Viollet-le-Duc, La Cité de Carcassonne, 1888
  6. Repousser une attaque, une agression quelconque, y résister.
  7. Résister aux atteintes de la maladie, de l’âge, etc.
  8. Familier Faire preuve de qualités, de compétences, réussir dans un domaine.
  9. Argot Gagner de l’argent, exercer une activité rentable.
  10. Se prostituer.
  11. Se disculper, nier quelque chose qu’on vous reproche.
  12. S’excuser de faire quelque chose à quoi on voudrait vous obliger.
  13. S'empêcher; s'interdire.
3 emplois spécialisés
  1. Militaire Résister à ceux qui veulent se rendre maîtres d’une position militaire, s’opposer aux ennemis qui l’attaquent.
    • Le 16 mars, pendant qu'on se fusillait à Léchelle, le duc de Reggio, qui devait défendre le passage du ravin de Richebourg et le duc de Tarente, qui commandait (ou devait commander en chef de bataille), jouaient au « trente et quarante » dans la chambre de M. Saussier, fermier à Cormeron. Louis Rogeron, Les Cosaques en Champagne et en Brie : Récits de l'invasion de 1814, racontés d'après les contemporains, les auteurs modernes, des documents originaux et des notes inédites de témoins oculaires, aux éditions Émile Gaillard à Paris, 1905, pa
  2. Droit Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse.
    • Il a été condamné faute de défendre.
  3. Sport Empêcher un opposant de marquer un but.
    • Toute l’équipe a défendu pour conserver le score.

Conjugaison

Indicatif

Présent

  1. je défends
  2. tu défends
  3. il défend
  4. nous défendons
  5. vous défendez
  6. ils défendent

Imparfait

  1. je défendais
  2. tu défendais
  3. il défendait
  4. nous défendions
  5. vous défendiez
  6. ils défendaient

Passé simple

  1. je défendis
  2. tu défendis
  3. il défendit
  4. nous défendîmes
  5. vous défendîtes
  6. ils défendirent

Futur simple

  1. je défendrai
  2. tu défendras
  3. il défendra
  4. nous défendrons
  5. vous défendrez
  6. ils défendront

Passé composé

  1. j'ai défendu
  2. tu as défendu
  3. il a défendu
  4. nous avons défendu
  5. vous avez défendu
  6. ils ont défendu

Plus-que-parfait

  1. j'avais défendu
  2. tu avais défendu
  3. il avait défendu
  4. nous avions défendu
  5. vous aviez défendu
  6. ils avaient défendu

Passé antérieur

  1. j'eus défendu
  2. tu eus défendu
  3. il eut défendu
  4. nous eûmes défendu
  5. vous eûtes défendu
  6. ils eurent défendu

Futur antérieur

  1. j'aurai défendu
  2. tu auras défendu
  3. il aura défendu
  4. nous aurons défendu
  5. vous aurez défendu
  6. ils auront défendu

Subjonctif

Présent

  1. je défende
  2. tu défendes
  3. il défende
  4. nous défendions
  5. vous défendiez
  6. ils défendent

Imparfait

  1. je défendisse
  2. tu défendisses
  3. il défendît
  4. nous défendissions
  5. vous défendissiez
  6. ils défendissent

Passé

  1. j'aie défendu
  2. tu aies défendu
  3. il ait défendu
  4. nous ayons défendu
  5. vous ayez défendu
  6. ils aient défendu

Plus-que-parfait

  1. j'eusse défendu
  2. tu eusses défendu
  3. il eût défendu
  4. nous eussions défendu
  5. vous eussiez défendu
  6. ils eussent défendu

Conditionnel

Présent

  1. je défendrais
  2. tu défendrais
  3. il défendrait
  4. nous défendrions
  5. vous défendriez
  6. ils défendraient

Passé

  1. j'aurais défendu
  2. tu aurais défendu
  3. il aurait défendu
  4. nous aurions défendu
  5. vous auriez défendu
  6. ils auraient défendu

Impératif

Présent

  1. défends
  2. défendons
  3. défendez

Passé

  1. aie défendu
  2. ayons défendu
  3. ayez défendu

Formes impersonnelles

Infinitif présent
défendre
Participe présent
défendant
Participe passé
défendu

Citation

Enfin, chevalier, tu crois défendre ta comédie, en faisant la satire de ceux qui la condamnent
Molière, Critique, 7

Origine du mot

Du latin defendere (« repousser, défendre »).

latin — ab « Défendre le mensonge »

Dans le dictionnaire latin : defendere

Les mots français venus du latin

1873 — le Littré

DÉFENDRE v. a. (dé-fan-dr')

, je défends, tu défends, il défend, nous défendons, vous défendez, ils défendent ; je défendais ; je défendis ; défends, qu'il défende ; que je défende ; que je défendisse ; défendant ; défendu

1 Venir au secours, en aide de ce qui est attaqué, personnes ou choses. encore relevé aujourd’hui

  • Je défendrai ta mémoire Du trépas injurieux — MALH., II, 2
  • Enfin, chevalier, tu crois défendre ta comédie, en faisant la satire de ceux qui la condamnent — MOL., Critique, 7
13 autres citations
  • Il n'y a qu'à détourner son intention du désir de vengeance qui est criminel, pour la porter au désir de défendre son honneur qui est permis selon nos pères — PASC., Prov. 7
  • Je vous défendrais de l'orage — LA FONT., Fabl. I, 22
  • Défendez-moi des fureurs de Pharnace — RAC., Mithr. I, 2
  • Et songeons bien plutôt, quelque amour qui nous flatte, à défendre du joug et nous et nos États — ID., ib. I, 3
  • Et subisse des lois Dont il a quarante ans défendu tous les rois — ID., ib. III, 1
  • Prince aimable, dis-nous si quelque ange au berceau, Contre tes assassins prit soin de te défendre — ID., Ath. IV, 6
  • Pour défendre vos jours de leurs mains meurtrières — ID., Iphig. IV, 4
  • Je défendrai mes droits fondés sur vos serments — ID., ib. IV, 6
  • Ciel ! qui nous défendra si tu ne nous défends ? — ID., Esth. I, 3
  • La gloire les défend [les grands du monde] de quelques faiblesses ; mais la gloire les défend-elle de la gloire même ? — BOSSUET, Duchesse d'Orl.
  • À quoi la force doit-elle servir qu'à défendre la raison ? — ID., Reine d'Anglet.
  • Aussi nul chevalier ne cherche à la défendre — VOLT., Tancr. III, 1
  • Le fameux Arnauld défendait le jansénisme avec l'impétuosité de son éloquence — ID., Louis XIV, 37

Il se dit aussi des animaux. La poule défend ses poussins.

Absolument. Peu usité de cette façon.

  • Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre — CORN., Sertor. I, 1
  • La peur régnait partout : plus de cœurs, plus d'ami ; Le Français du Français paraissait l'ennemi, Chacun savait mourir, nul ne savait défendre — LEGOUVÉ, Mérite des f.

À son corps défendant, loc. adv. En se défendant contre une attaque. Il a tué l'agresseur à son corps défendant.

Fig. et familièrement, à contre-cœur, avec répugnance. J'ai fait cela à mon corps défendant.

  • Je vous jure, encor est-ce à mon corps défendant — RÉGNIER, Sat. X
  • Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant — MOL., Tart. I, 1

2 En parlant d'un accusé, exposer ses moyens de défense. Qui défend le prévenu ? Cet avocat nous a très bien défendus. encore relevé aujourd’hui

Défendre son pain, soutenir un procès dans lequel tous les moyens d'existence sont engagés.

Dans un sens assez analogue, intercéder pour quelqu'un.

3 Empêcher que l'ennemi ne puisse entrer dans un lieu ou en approcher. Horatius Coclès défendit un pont contre les Étrusques, pendant qu'on le coupait derrière lui. L'officier qui défendit cette place à toute extrémité. encore relevé aujourd’hui

  • L'ennemi retranché dans son camp comme dans un fort, mille foudres, qui portent la mort partout, en défendent l'approche — MASS., Or. funèbre du prince de Conty
  • Que si Barclay l'a prévenu dans cette capitale [Vitepsk], sans doute il voudra la défendre ; là peut-être l'attendait cette victoire tant désirée, qui vient de lui échapper sur la Vilia — SÉGUR, Hist. de Napol. IV, 7

4 Protéger, garantir. La montagne défend cette maison des vents du nord. encore relevé aujourd’hui

Terme de marine. Défendre un canot, éviter de la faire choquer contre un bâtiment ou un quai.

5 Interdire, prohiber. Défendre le vin à un malade. encore relevé aujourd’hui

  • Ah ! monsieur, qu'est ceci ? je défends la surprise ! — MOL., Dép. am. III, 7
  • Vos règles vous défendent de rien imprimer sans l'aveu de vos supérieurs qui sont rendus responsables des erreurs de tous les particuliers — PASC., Prov. 17
3 autres citations
  • C'est des ministres saints la demeure sacrée ; Les lois à tout profane en défendent l'entrée — RAC., Ath. III, 2
  • .... Puisqu'un sort jaloux Lui défend de jouir d'un spectacle si doux — ID., Alex. IV, 3
  • Le ciel protége Troie ; et par trop de présages Son courroux nous défend d'en chercher les passages — ID., Iphig. I, 2

Défendre avec un régime direct, puis avec de et un verbe à l'infinitif.

  • Je vous défends tout retour et toute inquiétude sur cela, et de vous en confesser de nouveau Li à moi ni à d'autres — BOSSUET, Lett. abb. 50

Défendre sa porte à quelqu'un, faire défendre sa porte à quelqu'un, dire au portier, aux domestiques de ne pas le laisser entrer s'il se présente.

  • J'étais si affligée de cette perte, de la mort de mon mari, du départ précipité de mon fils, que j'avais fait défendre ma porte — VOLT., Princesse de Babyl. 4

Se défendre, défendre à soi-même, s'interdire, s'empêcher de.

  • Ils se sont défendu les excès — MASS., P. carême, Malh. des grands.

Enjoindre de ne pas faire.

  • Mais il me semble, Agnès, si ma mémoire est bonne, Que j'avais défendu que vous vissiez personne — MOL., Éc. des f. II, 6
  • Le désolé vieillard, qui hait la raillerie, Lui défend de parler, sort du lit en furie — BOILEAU, Lutr. IV
2 autres citations
  • Mais mon père défend que le roi se hasarde — RAC., Ath. V, 1
  • Pour plus de sûreté, il fit mettre des gardes aux portes de tous les prélats, et défendit qu'aucun étranger entrât dans la ville — VOLT., Charles XII, liv. III

6 V. n. Terme de procédure. Fournir des défenses aux demandes de la partie adverse. Condamné faute de défendre. repris par le Wiktionnaire

Avoir le rôle de défendeur dans un procès. Défendre à une action en payement.

7 Se défendre, v. réfl. Repousser la force par la force. encore relevé aujourd’hui

  • J'eus beau crier et me défendre : la couverture fut apportée [où l'on me berna] — VOIT., Lett. 9
  • .... Gardez-vous de prétendre Que de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre — RAC., Mithr. V, 5
3 autres citations
  • Les nations s'appellent les unes les autres, se liguent ensemble pour se défendre et pour l'arrêter — LA BRUY., X.
  • .... Avec ce fer tu m'as fait chevalier, Tiens, prends, prends, défends-toi ; meurs du moins en guerrier — C. DELAV., Vêp. Sicil. IV, 6
  • On s'y défendit comme des vainqueurs se défendent, en attaquant — SÉGUR, Hist. de Napol. IV, 7

Terme de manége. Un cheval se défend quand il refuse d'obéir, soit en sautant, soit en reculant ; il se défend des lèvres, quand il résiste au mors. On dit encore qu'il se défend, quand il se sert de ses pieds et de ses dents contre les personnes qui l'entourent et veulent le contenir.

Cette place se défend d'elle-même, elle est facile à défendre ; elle n'est pas en état de se défendre, elle ne peut résister à une attaque sérieuse.

Terme de marine. Se défendre bien à la mer, recevoir peu d'eau à bord par un gros temps.

8 Se justifier, repousser les accusations, les reproches, les critiques. encore relevé aujourd’hui

  • J'ai voulu me défendre avec civilité — CORN., Héracl. I, 2
  • Qu'on rappelle mon fils, qu'il vienne se défendre — RAC., Phèd. V, 5
3 autres citations
  • Défendez-vous, madame, et ne l'accusez pas — ID., Brit. IV, 1
  • Ils ne se défendent pas contre cette accusation — MASS., Av. Circ.
  • Si mes livres ne savent pas se défendre, je ne les défendrais pas mieux — BONNET, Lett. div. Œuvres, t. XII, p. 128

9 Se garantir, se préserver. encore relevé aujourd’hui

  • Leur nombre était assez grand pour se défendre d'une surprise — PATRU, Plaidoy. 1. dans RICHELET
  • Je cherche à te rejoindre et non à m'en défendre [de la mort] — CORN., Rodog. V, 4
12 autres citations
  • De cette opinion j'aime mieux me défendre, Pour mettre en votre choix celle que je dois prendre, La régler par votre ordre, et croire avec respect Tout ce qu'il vous plaira d'un entretien suspect — ID., Perthar. I, 2
  • Défendez-vous [de la mort] par la grandeur, Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse — LA FONT., Fabl. VIII, 1
  • Vous n'aurez plus qu'à vous défendre de la vanité — SÉV., Lettres, 6 janv. 1672
  • Contre tant de soupirs peut-on bien se défendre ? — RAC., Alex. II, 5
  • Contre tous les poisons soigneux de me défendre — ID., Mithr. V, 4
  • Quel philosophe pourrait se défendre de la flatterie ? — FÉN., Tél. XI
  • On a besoin de force pour se défendre des exemples qu'on a devant les yeux — MASS., Car. Mélange
  • Vous dites que, rompre tout d'un coup, ce serait un éclat.... qui donnerait lieu à des soupçons dont jusqu'ici vous avez su vous défendre — ID., ib. Pâques.
  • La vertu même des saints ne suffit pas pour se défendre des occasions qui nous cherchent — ID., ib. Dang. des prospér.
  • Les Scythes ne connaissent point l'usage de la laine et des étoffes, et, pour se défendre des froids violents et continuels de leur climat, ils n'emploient que des peaux de bêtes — ROLLIN, Hist. anc. Œuvres, t. III, p. 79, dans POUGENS
  • D'un noir pressentiment je ne puis me défendre — VOLT., Fanat. III, 2
  • On meurt ainsi par degrés, jusqu'à ce que, n'aimant enfin que soi-même, on ait cessé de sentir et de vivre avant de cesser d'exister ; mais un cœur sensible se défend de toute sa force contre cette mort anticipée — J. J. ROUSS., Hél. IV, 1

Cette étoffe est bonne, il n'y a qu'à se défendre du prix, c'est-à-dire on peut l'acheter, il ne s'agit plus que de ne pas la payer trop cher.

10 Repousser, refuser, se dispenser de. encore relevé aujourd’hui

  • S'il n'en eût aimé l'offre, il eût su s'en défendre — CORN., Pomp. III, 2
  • Il s'est de mes bontés jusqu'au bout défendu — ID., ib. V, 5
9 autres citations
  • Elle se défend du nom, mais non pas de la chose — MOL., Critique, 2
  • Jusques ici je me suis défendu de m'expliquer — ID., Am. magn. II, 4
  • Il se défend fort de se mêler de l'affaire — BOSSUET, Lett. quiét. 171
  • Il s'en défendit comme d'un crime — ID., Hist. II, 5
  • Prince, de ce devoir je ne puis me défendre — RAC., Bérén. IV, 8
  • Il s'en défendit [d'être élu roi] sans s'émouvoir — FÉN., Tél. VI
  • Et nous, mes frères, nous nous défendons de la réputation d'homme juste et craignant Dieu, comme d'un titre de honte et d'infamie — MASS., Car. Injust. du monde.
  • Les deux consuls.... se défendirent d'abord de prendre connaissance d'une affaire qui s'était passée longtemps avant leur consulat — VERTOT, Révol. rom. liv. III, p. 253
  • Elle est femme samaritaine, et par là elle se défend d'accorder au Sauveur ce que sa bonté demande d'elle — MASS., Car. Samaritaine

11 Se cacher d'une chose, la nier. encore relevé aujourd’hui

  • Vous ne vous rendez pas encore, et vous vous défendez d'être médecin — MOL., Méd. m. lui, I, 6
  • Elle se défend fort d'apprendre la philosophie — SÉV., 438
3 autres citations
  • Quelques-uns se défendent de faire des vers — LA BRUY., IV
  • Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile, Ne tiendraient pas longtemps contre les soins d'Achille — RAC., Iphig. II, 3
  • Un homme, se trouvant là sans fonctions apparentes, m'aborda familièrement, me demanda confidemment si je n'étais point auteur de certaines brochures, je m'en défendis fort — P. L. COUR., Pamphl. des pamphl.

12 S'excuser. encore relevé aujourd’hui

  • Je m'en suis défendu le moins brutalement qu'il m'a été possible — HAMILT., Gramm. 7

13 S'empêcher de. encore relevé aujourd’hui

  • J'ai cru honteux d'aimer quand on n'est plus aimable ; J'ai voulu m'en défendre, à voir mes cheveux gris — CORN., Sertor. IV, 2
  • Il ne peut se défendre d'aimer cette vertu douce — FÉN., Tél. X
Remarque

1. Défendre, au sens de prohiber, veut de devant un infinitif ou que et le subjonctif : Il défend d'aller, il défend qu'on aille.

2. Défendre, dans le sens de prohiber, suivi d'un verbe, ne veut pas que ce verbe prenne la particule ne : Je défends que vous fassiez cela, et non je défends que vous ne fassiez cela ; cette dernière tournure, c'est-à-dire l'emploi de ne explétif avec défendre, était très usuelle au XVIe siècle et auparavant.

3. Si le verbe est à l'infinitif, la particule ne ne se met jamais : Je vous défends d'y aller (au contraire, le XVIe siècle mettait volontiers la négation : Je vous défends de n'y pas aller). Pourtant, si le verbe est à l'infinitif et construit avec plus, jamais, quelques écrivains ont employé le ne : On sait combien, avec les verbes exprimant doute, crainte, empêchement, etc. le ne explétif est fréquent. On ne peut donc dire que ici ce soit une vraie faute ; seulement on doit savoir que l'usage s'est prononcé contre cet emploi, et l'on dira : Il leur défendait de songer davantage à ce mariage ; il lui défendit de se présenter jamais devant lui.

  • Il leur déclara qu'il leur défendait de ne plus songer à ce mariage — SÉV., Lett. 19 déc. 1670 (l'édition de M. Régnier, qui doit faire autorité, n'a pas ce ne)
  • Il lui défendit avec dureté de ne jamais se présenter devant lui — VERTOT
Synonyme

DÉFENDRE, SOUTENIR, PROTÉGER. Mettre quelqu'un ou quelque chose à couvert du mal qui lui arrive ou qui peut lui arriver. On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui ne se tient pas debout par soi-même ; on protége ce qui a besoin d'être couvert et garanti. On défend une cause ; on soutient une entreprise ; on protége les sciences. Défendre les sciences, ce serait prendre en main leur cause, si on leur attribuait, comme Rousseau par exemple, des influences funestes ; protéger les sciences, c'est en favoriser la culture et le progrès. On défend un homme contre ses ennemis, on le soutient dans les démarches qu'il fait, et, si on occupe une position supérieure à la sienne, on le protége, c'est-à-dire on le sert auprès des personnes de qui son succès dépend : la principale différence entre protéger et les deux autres verbes étant que protéger entraîne en général l'idée de la supériorité de celui qui protége, ce que ne font pas défendre et soutenir.

Historique

XIe s.

  • Et si aveir nés pot [s'il ne peut les avoir], si se defende par juise [jugement] — L. de Guillaume, 16
  • Et nous defendun que l'om christien fors de la terre ne vende — ib. 41
3 autres citations
  • Fierent li un, li autre se defendent — Ch. de Rol. CVII
  • Je vous defend que n'i adeist [approche] nus hom — ib. CLXXIV
  • Puis [qu'il] la defende [l'Espagne] encontre li Franceis — ib. CXCIII

XIIe s.

  • Deffendez moi de honte — Ronc. p. 2
  • Se li ert [était] defendus — ib. p. 22
7 autres citations
  • Bien se defendent à cest estroit passage — ib. p. 65
  • Par tantes fois [j']ai esté assailliz Que je n'ai mais pooir de moi deffendre — Couci, V
  • Douce dame, d'orgueil vous deffendez — ib. XI
  • Mais je ne puis moi ne mon cuer deffendre De plus aimer.... — ib. XX
  • Fins cuers qui bée à haute honor Ne se porroit de tel chose desfendre — ib. XXIV
  • François se deffandirent com nobile guerrier — Sax. IV
  • Fous, fait-il, tuz dis fustes, e estes e serez ; Quant vus l'espée traite de sur le rei venez ; S'il trait sur vus la sue, coment vus defendrez ? — Th. le mart. 39

XIIIe s.

  • Tel chose [le comte Thibaut] a faite en sa vie Dont [il] deüst estre apelés [en champ clos] ; Il ne se deffendist mie ; Car il se sent encoupés [inculpé, criminel] — HUES DE LA FERTÉ, Romancero, p. 187
  • Quel cose que le hom fache sur sen corps deffendant, nul fourfait il ne fait — TAILLIAR, Recueil, p. 39
9 autres citations
  • [Je] vous defens qu'envers moi n'aiez pensée amere — Berte, CXIII
  • Vez cum fortune le servi, Qu'il ne se pot onques deffendre Qu'el nel feïst au gibet pendre — la Rose, 6645
  • Por ce se ge deffens ivrece, Ne voil ge pas deffendre à boivre — ib. 1789
  • Sire, tel née [nie] et desfent le murtre que tel li met sus — Ass. de J. 140
  • Comment il se deffendront de cix [ceux], qui, à tort et par malvese cause, les assaudront de plet — BEAUMANOIR, XI
  • Ou se je me deffent par longue tenure et paisible — ID., VII, 4
  • Or disons donc que grant grace nous fist Dieu le tout puissant, quant il nous deffendi de mort et de peril — JOINV., 216
  • Et toute la puissance du soudan se logerent sur le fleuve de Rexi d'autre part devant nostre ost, pour nous deffendre [interdire] le passage — ID., 220
  • Et un vieus baüs Ocist quatre dus [ducs], Son cors defendant — JUBINAL, Fatrasies, t. II, p. 216

XIVe s.

  • Sur ton corps defendant, met lui jour de bataille Par droite defiance — Girart de Ross. V. 3425

XVe s.

  • Par lequel trait il y en eut moult de blessés des assaillans et des defendans — FROISS., I, I, 102
  • .... Devoient demeurer au pont et garder le passage, pour le defendre aux aventures des survenans — ID., I, I, 139
2 autres citations
  • Comment se peut ung povre cueur deffendre Quand deux beaulx yeux le viennent assaillir ? — CH. D'ORL., Ball. IV
  • Et à luy fut deffendu ne partir de son hostellerie — COMM., IV, 12

XVIe s.

  • Dieu a defendu en la Loy qu'on n'adorast point autre que lui — CALV., Instit. 94
  • Jesus Christ se defend de ne vouloir point destruire ne dissiper la Loy — ID., ib. 267
20 autres citations
  • Je vous defen de ne jurer du tout — ID., ib. 291
  • Les canons defendent estroitement aux chanoines de n'abuser point de leur puissance au detriment de l'Eglise — ID., ib. 870
  • Jesus Christ en defendant de jurer du tout — ID., ib. 292
  • Il ne defend point qu'il [le péché] n'y soit, mais qu'il n'y regne point — ID., ib. 469
  • Pour autant il [le vin] m'est defendu, Dont tous les jours m'en croist envie — MAROT, VI, 261
  • Et pour cette raison, defendoient les Hebreux, que, l'année que l'homme seroit marié, n'allast point à la guerre — MARG., Nouv. LXX.
  • Elle lui defendit de ne s'y trouver plus — ID., ib. XX
  • Lepidus deffendit à ses heritiers de.... — MONT., I, 17
  • Deffendre une place contre l'ennemi — ID., I, 25
  • La prouesse des habitans à se bien deffendre — ID., I, 27
  • Je me suis deffendu d'oser alterer jusques aux plus legieres et inutiles circonstances — ID., I, 103
  • Ils deffendoient, sur peine de la hart, que nul eust à dire que.... — ID., II, 251
  • Ces dernieres villes se sont mieux defendues, encores qu'elles ayent esté assaillies avecques plus d'art — LANOUE, 336
  • Deffendus de leur simplicité et à l'ombre de leur pauvreté, ils vesquirent sans persecution — D'AUB., Hist. I, 68
  • Le comte Ludovic avoit deffendu à Janlis qu'il ne vint point droit à Monts, et qu'il allast cercher les troupes du prince d'Oranges — ID., ib. II, 68
  • Numa leur defendit entierement le vin — AMYOT, Lyc. et Num. 7
  • Les devins leur promettoient la victoire, pourveu qu'ilz ne feissent que se defendre seulement — ID., Arist. 35
  • Il alloit souvent plaider des causes, et defendre en jugement ceulx qui l'en requeroient — ID., Caton, 2
  • Il defendit que l'on n'allast plus devers Lucullus, et que l'on n'obeïst point à chose qu'il manderoit — ID., Lucull. 71
  • Nicias alloit blasmant la temerité de Demosthenes ; et luy s'en defendant comme il pouvoit.... — ID., Nicias, 40
Étymologie

Provenç. defendre ; espagn. defender ; ital. difendere ; du latin defendere, de de, et fendere, exciter, pousser.

Supplément au dictionnaire

DÉFENDRE. - REM. Ajoutez :

4. On a dû dire d'abord : en son corps défendant. Cette forme se trouve dans le Portrait de Mme Cornuel par Mme de Vineuil, ancienne édit. des Œuv. de Mlle de Montpensier, t. VIII, p. 257.

Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1873 — texte original du domaine public, balisage de François Gannaz (xmlittre, CC BY-SA 3.0). Édition papier : télécharger le tome 2 (PDF, 276 Mo)

Sources

Les définitions et étymologies proviennent du Wiktionnaire et sont diffusées sous CC BY-SA 4.0. Elles ont été normalisées et restructurées par sens, sans réécriture du texte. Consulter l'entrée « défendre » du Wiktionnaire.

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